À ma grande surprise — et peut-être à la vôtre aussi — beaucoup de gens ignorent encore, en 2025, comment se rendre de l’Europe en Russie. C’est compréhensible, d’une certaine manière. Depuis la fin février 2022, il n’existe plus de vols directs entre l’Union européenne et la Russie. Deux années de silence suffisent à éteindre les questions. On finit par supposer que c’est devenu impossible.
Mais ce n’est pas impossible. C’est juste compliqué, morcelé, parfois absurde. Pour ceux qui souhaitent malgré tout faire le voyage — pour des raisons familiales, professionnelles, par curiosité ou pour une motivation plus obscure — voici un aperçu des possibilités.
Contenu de cette page
- Pourquoi il n’y a plus de vols directs
- En partie par voie terrestre
- Estonie
- Restrictions monétaires
- L’Estonie ne reconnaît pas l’exception de l’usage personnel
- Voyager en voiture
- Narva : plus simple pour sortir que pour entrer
- Kaliningrad
- Finlande
- Biélorussie
- Vols vers la Russie
- Conclusion
Pourquoi il n’y a plus de vols directs
Commençons par ce qui est évident. Il n’y a actuellement aucun vol direct entre la Russie et l’Union européenne. La raison ? Des interdictions réciproques d’accès à l’espace aérien. C’est l’une des nombreuses conséquences du conflit en Ukraine.
Et non, cela ne risque pas de changer de sitôt.
Si vous voulez aller en Russie, il faudra contourner.
En partie par voie terrestre
Il existe encore de nombreuses façons d’aller en Russie — à condition d’accepter de faire une partie du trajet par voie terrestre. En général, ces routes sont moins chères que les vols avec escale. Mais elles sont aussi plus longues.
Et en été, certaines frontières deviennent de véritables goulets d’étranglement. L’« aventure » commence parfois par six heures d’attente dans une file au milieu de nulle part.
Si vous optez pour cette voie, vérifiez l’affluence à la frontière avant de réserver. Les groupes Telegram (généralement en russe) sont votre meilleur allié. Bordéliques mais souvent fiables.
Estonie
L’Estonie dispose de trois points de passage terrestre avec la Russie. Le plus utilisé — et de loin le plus connu — est Narva–Ivangorod. La plupart des voyageurs prennent d’abord un vol pour Tallinn, puis continuent en bus. Les billets sont disponibles sur des sites comme Skyscanner.
Narva–Ivangorod
Depuis le 1er février 2024, le passage de Narva est fermé aux véhicules, en raison de travaux. La réouverture n’est pas prévue avant fin 2025.
Actuellement, la frontière est ouverte uniquement aux piétons.
La ligne de bus Tallinn–Saint-Pétersbourg reste active. C’est probablement l’option terrestre la plus utilisée. Mais puisque le passage est fermé aux véhicules, les passagers doivent descendre du bus, traverser la frontière à pied, puis prendre un autre bus côté russe.
C’est contraignant. Mais ça fonctionne.
La compagnie la plus fiable sur ce trajet s’appelle Lux Express. Leurs bus sont confortables, propres et — je parle d’expérience — étonnamment agréables.
Files d’attente à Narva
Parce que l’itinéraire via Narva est relativement simple, il est aussi très populaire. Résultat : des temps d’attente démesurés, surtout l’été.
En 2024, les files de six heures n’étaient pas rares. Et juste pour que ce soit bien clair : la plupart de cette attente se fait dehors. Sous la pluie ou le soleil. Apportez de l’eau.
Pour connaître l’état actuel de la frontière, consultez les groupes Telegram ou Facebook en russe dédiés à Narva–Ivangorod. On y trouve des mises à jour en temps réel, parfois accompagnées de petites crises existentielles.
Et oui, il existe une webcam pour observer la file en direct. Bienvenue en 2025.
Écoutez notre podcast sur le passage frontalier Narva–Ivangorod, disponible sur YouTube !
Luhamaa et Koidula
Si vous voyagez en voiture, les points de passage Luhamaa et Koidula peuvent être de meilleures options. Moins fréquentés que Narva, ils restent ouverts aux véhicules.
Vous pouvez consulter les temps d’attente estimés — et même réserver un créneau horaire — sur le site des douanes estoniennes.
Cela dit, soyez prêts : les gardes-frontières estoniens ont la réputation d’être rigoureux. Les bagages sont souvent fouillés, les voitures parfois inspectées à fond.
Rien de personnel. C’est juste leur travail.
Restrictions monétaires
Selon les règlements de l’Union européenne, il est interdit d’exporter des billets en euros (ou autres devises de l’UE) vers la Russie ou la Biélorussie, sauf exceptions strictes.
Cela concerne notamment les devises suivantes :
- euro (EUR)
- kuna croate (HRK)
- leu roumain (RON)
- lev bulgare (BGN)
- forint hongrois (HUF)
- couronne tchèque (CZK)
- zloty polonais (PLN)
- couronne suédoise (SEK)
- couronne danoise (DKK)
Des exceptions sont possibles pour :
- un usage personnel par le voyageur (ou sa famille immédiate voyageant avec lui) ;
- des besoins consulaires ou diplomatiques officiels.
Mais voici le problème : ces règles sont interprétées différemment selon le pays.
Par exemple, à la frontière estonienne, des témoignages indiquent que même de petites sommes en euros peuvent être refusées. Certains voyageurs sont obligés de convertir leur argent en roubles avant de passer.
Les autorités belges le confirment. Cette pratique s’appuie sur l’article 5 decies du règlement UE 833/2014. Et elle ne concerne que les devises de l’Union européenne. Les dollars américains ou livres britanniques, par exemple, ne sont pas concernés.
Moralité : vous pouvez emporter du liquide, mais sachez que cela peut se retourner contre vous. Et vous devrez peut-être l’échanger, qu’on vous le demande gentiment ou non.
L’Estonie reconnaît-elle l’exception pour usage personnel ?
Sur le papier, les règles européennes permettent d’emporter des euros en Russie pour un usage personnel. En théorie.
Mais dans la pratique, l’Estonie ne reconnaît pas toujours cette exception — même pour de petits montants. Plusieurs témoignages, notamment sur des groupes Telegram russophones, indiquent que les voyageurs sont obligés d’échanger leurs euros contre des roubles avant de pouvoir passer.
Cette situation est confirmée par le ministère belge des Affaires étrangères, qui précise que les voyageurs entrant en Russie par l’Estonie peuvent être contraints de convertir leurs euros. Cette exigence s’appuie sur l’article 5 decies du règlement UE 833/2014, adopté à la suite de l’invasion de l’Ukraine.
Important : cette obligation ne s’applique qu’aux devises européennes. Les dollars américains ou livres sterling ne sont pas concernés.
En résumé : les règles sur le transport de liquidités sont incohérentes. Floues, même. Mieux vaut le savoir à l’avance.
Voyager en voiture : attention
Depuis septembre 2023, l’Estonie refuse l’entrée aux véhicules immatriculés en Russie. Ces voitures peuvent être refusées à la frontière, voire confisquées. Peu importe la nationalité du conducteur.
Donc, si vous conduisez un véhicule russe, cette règle s’applique à vous. Sans exception.
Narva : plus simple pour sortir que pour entrer
Au poste-frontière de Narva–Ivangorod, les files sont souvent plus longues côté estonien que côté russe. Ce sont généralement les contrôles estoniens qui ralentissent le passage — ce qui ne veut pas dire que l’autre côté soit rapide.
En résumé : Narva est une bonne option pour quitter la Russie, mais moins adaptée pour y entrer. À éviter si vous êtes allergique à l’attente et à l’arbitraire.
Kaliningrad
Quand Narva est saturée — ce qui est fréquent en été —, une autre option consiste à passer par Kaliningrad. Ce n’est pas plus rapide. Mais c’est moins désagréable.
Kaliningrad est enclavée entre la Pologne et la Lituanie. C’est la Russie, sans la Russie autour. La ville est accessible depuis Gdańsk, une grande ville polonaise bien desservie.
En été, on peut même envisager une pause à la mer. Le village balnéaire de Zelenogradsk (anciennement Cranz) est situé à 30 minutes en transport public de Kaliningrad. L’endroit est aussi calme que mélancolique.

Gdańsk – Kaliningrad
Le plus simple est de voler jusqu’à Gdańsk. C’est une ville bien connectée, accessible depuis de nombreuses capitales européennes.
Depuis la gare routière (juste derrière la gare centrale), vous pouvez prendre un bus vers Kaliningrad — par exemple via Sindbad, une compagnie polonaise bien connue.
Le trajet dure environ 5 heures, dont une partie est consacrée aux formalités frontalières. Un aller simple coûte environ 170 zlotys, soit 40 euros. C’est long, mais faisable.
Kaliningrad – Gdańsk
Dans l’autre sens, vous pouvez réserver vos billets sur le site officiel de la gare routière de Kaliningrad. Ce n’est pas plus compliqué. Peut-être même plus efficace.
Kaliningrad – Lituanie
Il existe aussi des liaisons régulières vers Kaunas et Vilnius, depuis la même gare routière. Pour ceux qui souhaitent poursuivre vers les pays baltes.
Finlande
Actuellement, toutes les frontières terrestres entre la Finlande et la Russie sont fermées. Cette décision a été prise par le gouvernement finlandais pour des raisons de sécurité nationale.
Aucune date de réouverture n’a été annoncée. Si vous comptiez passer par la Finlande, il vous faudra revoir votre plan.
Cela dit, il reste une alternative : prendre un ferry entre Helsinki et Tallinn, puis continuer par voie terrestre en Estonie. La traversée dure environ deux heures, coûte environ 40 euros, et est opérée par Tallink. Un petit détour maritime, mais souvent agréable.
Biélorussie
Depuis le 11 janvier 2025, la Russie et la Biélorussie reconnaissent mutuellement leurs visas. En d’autres termes : si vous avez un visa russe ou biélorusse valide, vous pouvez circuler librement dans les deux pays.
Mais — et c’est un grand mais — vous ne pouvez franchir la frontière que par certains points désignés. Les autres passages sont considérés comme illégaux, même si vos papiers sont en règle.
Les six points de passage autorisés :
- Yukhovichi – Dolostsy (A-117, Opotchka – Novopolotsk)
- Yezerishche – Nevel (M-20, Kiev – Saint-Pétersbourg)
- Liozno – Kruglovo (A-141, Vitebsk – Smolensk)
- Redki – Krasnaya Gorka (M-1, Minsk – Moscou)
- Zvenchatka – Dubovitchka (A-101, Bobrouïsk – Moscou)
- Selishche – Novozybkov (M-13, Gomel – Briansk)
Il est recommandé de vérifier à l’avance l’état de fonctionnement de ces passages. Rien n’est garanti.
Voler vers la Russie
C’est encore possible. Mais ce n’est pas direct. Et ce n’est pas toujours bon marché.
Certaines plateformes comme Aviasales proposent encore des billets vers la Russie, souvent avec escale via des pays « neutres ». C’est moins visible sur Google Flights ou Skyscanner, mais ça existe.
Belgrade
Air Serbia assure toujours des vols directs vers Moscou et Saint-Pétersbourg. Le confort est là, mais les prix frisent l’indécence : plus de 1000 euros l’aller-retour, sauf promotion.
Istanbul
Istanbul reste la plateforme numéro un pour rejoindre la Russie.
Un aller-retour Istanbul–Moscou peut coûter environ 260 euros (sans bagage). Et Istanbul est desservie depuis presque toute l’Europe.
Antalya
Moins connue, Antalya propose aussi des vols directs vers la Russie.
Comptez 310 euros aller-retour pour Moscou, si vous réservez hors saison. Le soleil est inclus.
Tbilissi
Tbilissi permet aussi de voler vers Moscou. Les prix sont moins avantageux : environ 440 euros l’aller-retour, bagage compris. Intéressant si vous êtes déjà sur place.
Erevan
Depuis Erevan, les vols vers Moscou sont plus abordables : environ 260 euros aller-retour, sans bagage.
Le Caire
Le Caire reste une option surprenamment accessible : 450 euros aller-retour, souvent avec bagage inclus.
Dubaï
Depuis Dubaï, des vols fréquents pour la Russie sont disponibles. Un aller simple peut commencer à 400 euros, sans bagage. Pas forcément bon marché, mais disponible.
Conclusion
Rejoindre la Russie depuis l’Europe en 2025 n’est pas simple. Ce n’est pas fluide, ni pratique. Mais c’est possible.
Les routes via l’Estonie ou Kaliningrad exigent de la patience. Les vols avec escale via la Turquie ou la Serbie demandent de la flexibilité. Et les règlements — notamment sur l’argent liquide — changent selon l’interprétation locale.
Mais si vous êtes bien préparé, et pas trop pressé, vous pouvez encore le faire. Ce n’est pas absurde. C’est juste 2025.

